Hoppy

Les tempêtes de sables incessantes et la chaleur écrasante émanant du sol nous avaient obligé à nous réfugier dans une immense grotte, sombre et inquiétante. Nous étions parti de notre petit village d’enfance il y avait de cela quelques semaines, il s’appelait Litrati. Il y faisait presque toujours beau, nous ne connaissions qu’une saison, chaude mais parfois étouffante, surtout lorsqu’aucun nuage ne montrait le bout de son nez et que le vent disparaissait. Ce n’était pas seulement le temps qui donnait cette impression, mais tout l’environnement, comme si chaque être vivant avait arrêté de bouger et même de respirer. Il n’y avait ni bruissement de feuilles, ni craquement provenant des arbres et la surface du lac en contrebas du village ressemblait à un miroir, il n’y avait pas une seule vague, ni même un frémissement. Ces jours-là, tous les sons étaient étouffés et personne n’osait parler, de peur de rompre ce silence si solennel. Généralement, tout le monde restait chez soi et personne n’allait travailler, ni dans les champs, ni où que ce soit d’autre, chacun vaquait à ses occupations et, soyons honnêtes, il s’agissait le plus souvent d’une longue sieste.

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Cela faisait des jours que nous marchions en quête de la relique sacrée de Ter-Gull, qu’avais-je donc fait en acceptant une énième mission. Depuis des années nous  traversions, à deux, les déserts et les forêts à la recherche des pierres de Venaria pour aider le royaume à prospérer, mais cette mission était de loin la plus dangereuse. Un mercenaire, croisé à Tulem au début de notre quête et qui avait une dette envers moi, nous avait fourni de précieuses informations quant à la localisation de notre futur butin. Nous avions dû marcher des kilomètres, passer par le vertigineux col montagneux du Typhon et traverser la mer des abysses dont le nom ne reflète guère la profondeur. Aujourd’hui encore, personne n’a jamais atteint le fond ou bien ils n’en sont jamais revenus. Certes, nous étions épuisés mais nous progressions bien. C’est en arrivant dans le désert que la situation s’était envenimée. C’était un désert de roches friables, aucun végétal ne poussait et le relief était constitué de ce qui semblait être des milliers de petites collines. Assez éloignées les unes des autres pour ne pas avoir à les escalader et leurs crevasses assez larges pour pouvoir s’y abriter. Or, ici, la nuit tombait en quelques secondes, elle était complètement noire et il était notoire qu’il ne valait mieux pas s’aventurer à l’aveuglette dans le désert après que le soleil se soit couché. Beaucoup d’aventuriers avaient dû rebrousser chemin après s’être fait attaqué par quelque chose d’immense dont on ne distinguait qu’un bruit d’ailes. Nous réfugiant donc dans la crevasse la plus proche, nous étions heureux à l’idée de savoir que deux heures plus tard, lorsque la lumière disparaitrait, nous pourrions nous reposer et passer la nuit à l’abri des créatures nocturnes. Pendant que nous fermions l’entrée de la crevasse avec des pierres qui trainaient au sol pour nous protéger, il nous sembla que l’écho de nos pas était plus important qu’il n’aurait dû. Et de fait, d’une profonde aspérité dans la roche il s’agissait en fait d’un passage vers une immense grotte. Voulant s’assurer de ne courir aucun danger, nous progressions dans ce couloir rocheux, plus nous avancions et plus le bruit se faisait important. Finalement le passage s’élargit, donnant sur une caverne au centre de laquelle se trouvait un gouffre. Soudain, un bruit sourd résonna mais il était déjà trop tard lorsque je compris que derrière et au-dessus de nos tête, la roche friable s’effondrait. Elle nous engloutit.

Enfouis sous les gravats, je me dégageais pour retrouver l’air de la grotte, je reprenais mes esprit et tentais de retrouver mon ami sous les décombres quand le sang se glaça tout à coup dans mes veines et je me figeais sur place. Une voix menaçante venait de surgir des profondeurs du gouffre, son intonation cruelle et menaçante ne laissait plus aucun doute, elle m’avait entendue et guettait le moindre mouvement. Quelques minutes s’écoulèrent, un seul bruit, un seul mouvement et ce serait fini, elle nous repèrerait et se mettrait à courir, nous serions emportés au fond de ce trou béant. Soudain j’entendis le bruit de ses pas se rapprocher, le monstre remontait le long de la paroi du gouffre. La chose ne pouvait écouter et marcher en même temps, le bruit assourdissant de ses pas couvrant tout autre son, je reprenais ma principale occupation, retrouver mon acolyte parmi les débris. Tant bien que mal, je repoussais les rochers, il n’était pas si loin de moi. Je venais de l’aider à se dégager quand la créature fit son apparition, d’abord un bras, puis l’autre, sa tête, son buste et enfin ses jambes. Masquant mon compagnon d’aventure qui se trouvait dans mon dos, c’est moi qu’elle vit en premier et fonça pour m’attaquer. Je pris mon courage à deux mains et affrontais l’immense être qui me faisait maintenant face, le combat faisait rage, il cherchait à m’immobiliser à l’aide de ses bras, j’esquivais chaque attaque. Saisissant ce qui semblait être sa jambe droite, je m’élançais pour me retrouver dans son dos. Sa quatrième attaque fut si rapide qu’il réussit à m’attraper, me plaqua au sol, m’assaillit de chatouilles et m’embrassa les deux joues.

« Il est l’heure de venir dîner ! » me dit papa de sa grosse voix, « Il y a même de la salade du jardin pour Hoppy ». Ma tortue dans les mains, je le suivais et passant la porte pour rejoindre les escaliers, je regardais ma grotte, qui redeviendrait bientôt ma chambre pour la nuit.


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2 réflexions sur “Hoppy

  1. parvabulla dit :

    Elle me parle tellement, de cette enfance où je pouvais transformer le monde d’un clignement de paupière. Elle est belle et surprenante, j’étais pleine de curiosité à l’approche de la fin.
    C’est un plaisir de la relire, j’espère pouvoir continuer à te lire =)

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