El último lector ~ D. Toscana #Unétépourlire

El último lector est le second livre que j’ai reçu avec la Kube, il a maintenant rejoint l’étagère très restreinte de mes livres favoris, il y en a moins d’une dizaine, ça peut vous donner une idée d’à quel point je l’ai apprécié. D’ailleurs, je vous reparlerai de la Kube dans un prochain article, celui sur le premier livre que j’ai reçu, Jolie libraire dans la lumière. C’est également un des livres que j’ai lu pour le challenge « unétépourlire » dans la catégorie découverte.

J’ai d’abord eu du mal à me mettre vraiment dedans, non pas que l’histoire ne m’intéressait pas mais l’écriture particulière qui constitue le récit était assez déroutante et comme j’étais toujours dans des situations où on me parlait, je ne réussissais pas à me plonger dans l’histoire.Oh comme j’ai bien fait de persister, une fois véritable lancée, je ne me suis plus arrêtée, j’ai trouvé ce roman émotionnellement riche et ça, c’est ce que je préfère dans la littérature.

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« Dans le petit village d’Icamole, au nord du Mexique, Remigio découvre au fond d’un puit, le corps d’une fillette inconnue. Ce qui pourrait rester un simple fait divers devient matière à un océan de fictions et d’imbrications romanesques : car c’est à la lumière des romans qu’il lit avec autant de fureur que de délectation, que Lucio, le bibliothécaire du village, mène l’enquête. Laquelle le conduit sur les traces d’Herlinda, sa femme disparue, qu’aucune lecture n’aura pu lui restituer. Un roman jubilatoire et virtuose, qui emporte magistralement le lecteur. »

 

Le récit prend place dans un petit village reculé durant une longue période de sécheresse et de pénurie d’eau. Remigio trouve le corps d’une fillette au fond de son puit et en parle seulement à Lucio. Le roman est principalement constitué des interventions de ses deux personnes. Sa construction est assez inhabituelle puisqu’en dehors des virgules, des points et des deux-points il n’y a pas de ponctuations et très peu de paragraphes. Les dialogues sont donc mélangés au récit du narrateur, s’intercalent également des extraits de romans que Lucio, le bibliothécaire, lit aux personnes avec lesquelles ils interagit sans qu’il y ait une quelconque distinction de syntaxe. Les phrases sont également très (très) longues. Je crois que pour les novice de la lecture ou bien les habitués de la syntaxe usuelle qui ont du mal à s’en écarter, la lecture de ce roman peut s’avérer déroutante, voire compliquée. Mais je ne peux que vous le conseiller tant il est beau et touchant, je me suis plu à m’attacher aux personnages qui lui donnent vie.

Concernant ces derniers, tous ont quelque chose de particulier, mais on ne suit vraiment que les deux principaux en plus de la mère de la fillette. Je me suis d’abord attachée au premier,  Remigio, celui qui découvre le corps, on le sent très solitaire, effacé du reste des habitant du village, le genre de personne qui préfère vaquer à ses occupation et qu’on ne s’intéresse pas trop à lui. Puis, en faisant sa découverte, c’est Lucio qui est tout de suite devenu mon protagoniste favori. Il vit dans ses livres, ou plutôt dans les rares livres qu’il apprécie tout en nous donnant une vision décalée, sinon puriste pour certains, de l’art de la littérature. Chaque romans qu’il apprécie lui permettant de s’identifier au travers de pans de sa vie.

Je ne peux que vous recommander cette lecture, une sorte d’ovni qui réussit à allier littérature et émotions.

Pour Lucio c’est beaucoup plus qu’une femme debout, de dos, qui a un jour abandonné sa chaise dans la chapelle Saint-Gabriel-Archange. Pour lui, elle avait un nom, Herlinda, une peau agréable, une façon de le regarder dans l’obscurité et une voix qui se faisait douce quand il la serrait fort. Chez une femme, Lucio accordait surtout de l’importance à la peau, pas à sa couleur comme dans le roman de Mac Allister, mais sa texture. C’est pour cela qu’il avait épousé Herlinda quand elle était presque une enfant et qu’il lui avait demandé de ne pas s’occuper de travaux pénibles ni de trop s’exposer au soleil, il fallait l’empêcher de devenir une de ces femmes d’Icamole aux mains calleuses comme les hommes, au corps enveloppé de cuire. Il n’y a rien comme disposer d’une peau douce pour s’y coller la nuit. Des souvenirs d’Herlinda lui reviennent souvent, et peut-être est-il triste que le plus fréquent soit celui de tous les deux assis à table, l’un en face de l’autre, prêts à goûter la soupe de légumes. C’est d’abord elle qui, après une moue de dégoût, dit qu’elle a mis trop de sel. Lui prend une cuillère et, en effet, la soupe lui semble immangeable, mais il réprime une grimace et continue de manger, c’est le moins qu’il puisse faire pour elle. Moi, je la trouve bonne, dit-il, et pour ne lui laisser aucun doute, il finit son assiette et se ressert. Ce n’est pas que ce souvenir lui semble touchant ou ait en soi quelque mérite, mais depuis qu’Herlinda est morte, il lui revient à l’esprit chaque fois qu’il a une salière dans la main, et cela dans les moindres détails : les rondelles de carotte et de courgette flottant dans de l’eau de mer, la toile cirée à carreaux, un calendrier au mois de mars est accroché au mur du fond, Herlinda dans sa robe verte, les bras croisés, triste d’avoir gâché des légumes, enceinte jusqu’aux yeux, qui demande : Tu crois que les chèvres la mangeraient ? Certaines nuits, il pense à Herlinda nue, mais Lucio préfère éviter que le désir se mêle à la nostalgie et substitue à l’image de sa femme l’héroïne des Après-midi de Rebeca. Envers Rebeca aussi, il exprime son amour, mais il fait sans serments, sachant qu’avant l’aube, elle sera retournée à sa vie routinière avec le docteur Amundaray. Rebeca est très différente d’Herlinda, mais Lucio jouit de sa compagnie, il aime ses phrases courtes et rares, cette façon qu’elle a de marcher toute nue en chaussettes dans la maison, la certitude qu’elle va s’évanouir dès que retombera le désir. Rebeca ne ronfle pas et ne tire pas sur la couverture, jamais elle ne lui préparerait de soupe aux légumes, ni ne ferait de projets pour le futur, elle n’oserait même pas se mêler aux gens d’Icamole. Rebeca est la femme d’une nuit de temps en temps, Herlinda, il aurait voulu la garder toute sa vie.


El ultimo lector – David Toscana
224 pages
Prix Antonin Artaud France-Mexique
édité par zulma en 2009

Photo d’Icamole et couverture du livre

Propriété exclusive (OMPI)

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