Je l’ai laissée tomber ~ Atelier d’écriture #1 – Août

Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce matin là, j’avais un peu traîné au lit au chaud sous la couette après m’être réveillé, on avait beau être au printemps, il faisait encore frais lorsque le soleil se levait. Je rêvassais en regardant le plafond d’un blanc immaculé, nous l’avions repeint au début de l’été, période pendant laquelle nous avions campés dans le salon. Un nouveau prétexte pour nous comporter comme deux jeunes amoureux, une occasion de plus de s’attaquer à coups de polochons avant de s’embrasser et de s’entrelacer.

Je m’étais tout de même levé de bonne heure, sans trop savoir pourquoi, je sentais que c’était un jour particulier. Fidèle à ma routine du samedi, j’étais descendu prendre mon petit déjeuner dans le silence d’une maison vide et des effluves matinales du café chaud préparé par ma femme avant qu’elle ne parte en quête d’un nouveau livre qui irait compléter la pile entreposée près du lit.

J’aime ma femme, elle a ce petit quelque chose d’inexplicable qui fait que d’un simple regard se déchaîne en moi un torrent d’émotions, un élan d’amour dont je ne connais pas la provenance. Sa peau est douce et sens l’abricot, son visage est paisible, ses mouvements délicats et quand elle se déplace on peut sentir une onde positive se propager autour d’elle, c’est comme si son aura envahissait tout sur son passage, on pourrait presque s’attendre à voir fleurir le contenu des vases et la lumière briller en pleine nuit.

Chaque semaine, elle se rend dans sa librairie favorite, achète les livres qui lui plaisent, les lit et les entasse, les uns sur les autres jusqu’à ce que le mois se termine. Ils vont ensuite prendre place dans la bibliothèque, à côté des ouvrages qui les ont précédés.

« Tu verra, ils sont adorables ! On aura qu’à leur préparer ta spécialité, je suis certaine que ça leur plaira ! »

C’est ce qu’elle m’avait dit avant hier, après avoir déclarer avec un enthousiasme non feint que la libraire et son mari viendraient pour dîner le soir suivant. Suite à quoi, elle avait déposé un baiser sur ma joue avant de disparaître dans son coin lecture.

Finalement, la soirée s’était bien passée. Comme à mon habitude j’avais essayé d’entretenir la conversation quand on s’adressait à moi. Je déteste donner l’impression d’être indifférent, je préfère simplement écouter attentivement et observer mes interlocuteurs. Elle avait dû leur parler de moi parce que je n’ai ressenti aucun malaise quand je ne leur répondais que brièvement par oui ou non et laissais planer un silence. Elle avait raison c’était des gens charmants, de ceux qui n’ont rien à prouver à personne et qui partagent volontiers tout ce qu’ils ont appris au cours de leur vie. Ils ont eu l’air de repartir heureux d’avoir bien mangé et bien discuté.

J’en étais à boire mon café, me remémorant cette douce soirée de la veille avec les amis de ma femme. Le soleil du matin, caressant les briques du mur opposé à la fenêtre, teintait la cuisine de chaudes nuances orangées, le plan de table en marbre noir était couvert du reflet des vitraux qui composaient les vitres. C’est à ce moment précis que tout à basculé. Tout est allé très vite, j’ai d’abord entendu le crissement des pneus sur l’asphalte devant la maison suivi de l’exclamation de peur de la voisine qui tondait la pelouse. J’étais tétanisé sur ma chaise, par la fenêtre, la voiture noire du voisin était emboutie dans celle de ma femme qui sous l’impact était allé finir sa course dans le poteau en bois du terrain en face du notre. Que faire ? Qui appeler ?  Il fallait que je réagisse, que je sache si elle allait bien mais je ne pouvais plus bouger, je restais planté là, l’esprit embrouillé, choqué.

C’est ainsi, à cette minute, que je l’ai laissée tomber. Jamais une telle chose ne m’était arrivée, comme pour confirmer un mythe, c’est du côté confiture que ma tartine a atterri sur le carrelage.

 


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3 réflexions sur “Je l’ai laissée tomber ~ Atelier d’écriture #1 – Août

  1. parvabulla dit :

    Très belle nouvelle, douce et poétique, entre nostalgie et mélancolie. J’ai bien aimé son enchaînement et la simplicité qu’elle dégage. La fin laisse deux possibilité, le doute persiste donc encore.
    Très bel insertion du mythe de la tartine de confiture.
    Que nous resserves-tu pour les prochains mois ?

    Aimé par 1 personne

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